De l’utilité et de l’utilisation des biens publics communaux… Il était une fois le château Vidal…


Des Souvenirs et mémoires d’enfance à une réalité moderne, trop moderne !


A la fin du XIX siècle un architecte français Vidal, marié à une femme d’Europe de l’Est, décide d’édifier un château de style karpatique. C’est ainsi que naquit le Château Vidal au bout de la grande Place Saint Sébastien.

Quelques décennies plus tard, les tours crénelées furent arasées et elles se couvrirent de tuiles provençales. Depuis, son aspect n’a pas changé !


Il y avait une part de mystère dans ce lieu de mon enfance…

Entre les bribes d’histoire saisies des grands et la réalité d’un espace fermé et mystérieux, notre imagination d’enfants débordait.


Je me souviens que nous avions découvert une entrée, au Nord, qui nous permettait de pénétrer dans une sorte de tunnel, conduisant aux caves du château…

En ce temps où l’histoire était correctement enseignée en classe [et je sais de quoi je parle, je suis prof d’histoire]… et où elle se transmettait aussi dans le cadre de la famille, nous étions à imaginer mille aventures en ces lieux. Nous nous appuyions sur un savant mélange, sorte de syncrétisme, entre diverses sources historiques.

La première était l’histoire enseignée à l’école primaire, par notre instituteur, Félix Girolami, et nos institutrices, Mademoiselle Roux et Madame Chabaud. Gaulois, romains, chevaliers, rois faisaient bon ménage ensemble.

Puis, nous captions une partie des récits familiaux et des anciens du village. Ces derniers se perdaient parfois en d’interminables généalogies des familles, des cousines et cousins et de leurs surnoms.

Mais finalement, après conciliabules entre nous, les enfants du village, nous réinventions l’histoire !!!


Sachant que ce château était relativement récent, nous n’y cherchions pas des chevaliers ou autres princes de la Renaissance.

Non, la seconde guerre mondiale, était le contexte idéal pour imaginer nos aventures.


Nous avions ouï dire que des peintures « modernes », « olé-olé » pour tout dire avec des nus, très certainement érotiques, que quelques personnes mal intentionnées, trop moralisatrices, qualifiaient de « pornographiques »…, se trouvaient quelque part dans le château. Pourrions-nous jamais les atteindre un jour et en apprendre un peu plus sur la vraie vie…

Il ne nous était évidemment pas possible de demander aux grands si ces peintures existaient vraiment. Cela aurait éveillé les soupçons sur nos expéditions dans les caves, à la recherche des dites mystérieuses peintures.


Hélas, en grandissant, nous apprîmes, que s’il y avait bien eu des peintures, elles n’étaient pas si osées et surtout, elles avaient été recouvertes par l’un des locataires du château !

Misère, l’une des sources authentiques pour en apprendre plus sur la vie, avait été cachée, dérobée à l’histoire des générations futures !!...


J’étais encore adolescent quand Alfred Rolland, maire de Mons, décida d’acheter le lieu.


Pendant plusieurs années, dans l’attente d’un projet grandiose à la taille du bâtiment, le château devint un lieu de stockage du comité des fêtes, dans une des salles, avec une cheminée, des contes furent lus, des repas, que dis-je des festins s’y tinrent, une exposition photos, « 100 ans de fêtes à Mons » s’y déroula, une institutrice, pardon, une professeure des écoles, y demeura avec son mari artiste…

La communauté l’avait investi !!! Il revivait !

Sa façade Est fut même embrasée à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française...


Puis le bâtiment se dégrada progressivement, œuvre du temps et de l’insouciance des peuples.


Alfred Rolland, avec qui je fus conseillé municipal entre 1989 et 1995, voulut en faire un haut lieu de l’hôtellerie et de la restauration. Il lança un appel d’offres en ce sens.


Des Américains s’intéressèrent au lieu. Ils projetaient d’y investir plusieurs millions de francs pour en faire un lieu d’exception. Mais, renseignements pris, c’était une secte américaine qui se serait implantée en notre cité…


Alors il continua à être épisodiquement utilisé pour des apéritifs et à stocker du matériel. Les municipalités suivantes, pliant sous le principe de précaution et le poids grandissant des assurances, murèrent les fenêtres, puis la majeure partie des portes, bref il fut condamné.

Les enfants de l’école, au pied du château, ne regardaient plus qu’un bâtiment froid, fermé et sans histoire…


Et là, brutalement, alors que notre pays, région de l’Europe, court jour après jour à faire des économies et encore plus d’économies, nos dirigeants, tels des vautours battant le tambour, s’essaient à trouver quelques subsides, voilà, que nous allons investir en taxes, impôts, bien nommés subventions plusieurs centaines de milliers d’Euros...

Une dépense mes bonnes dames, mes bons messieurs qui dépasserait même le million d’Euros, et les premières estimations atteignent déjà le million et demi. Et nous savons qu’il y a toujours des dépassements, des surprises, des réajustements...


Pour y faire quoi ?


Une mairie !


Oui, 12 bureaux, 5 toilettes, une tisanerie, une salle des mariages, une salle du conseil…


Non, mes propos ne se veulent en aucun cas polémiques ou visant quelques personnes que ce soit. Nous sommes encore et toujours en Provence. Tel le César de Pagnol, avec sa grosse voix, je l’entends dire du fond de son bistroquet « Est-ce une galéjade ? Non, une grosse couillonnade »


L’idée en soi peut être intéressante. Certes, Mons, est certainement, mis à par l’Alsace-Lorraine, une des rares, si ce n’est la seule commune de France qui n’a pas vraiment connu la loi de 1905, séparant l’Église de l’État, créant, cet outil merveilleux, la laïcité.

Oui la Mairie est toujours hébergée dans une chapelle !!!


Mais quand même 12 bureaux pour 15 conseillers !

Bon, madame le maire ou monsieur le maire, un bureau, je veux bien.

Un ou deux bureaux pour des adjoints… d’accord.

Allez, un bureau supplémentaire pour les conseillères et les conseillers, quand ils sont en charge d’un dossier, …

Mais après ??


Alors qu’une réforme nationale diminue drastiquement les prérogatives, bref les pouvoirs et les domaines de compétences des mairies, pourquoi, prévoir un espace aussi vaste pour la plus belle commune du canton de Fayence, certes, mais aussi la plus petite ???


Et oui, l’eau, mais aussi les permis de construire, l’assainissement, le traitement des ordures ménagères, le ramassage scolaire, le développement économique, le soutien au commerce, le tourisme… tout cela relève désormais de la communauté de communes

Je ne dis pas, que cela est bien ou une mauvaise chose ; c’est un autre débat. Mais actuellement, sauf changement contraire, il en est ainsi !


Alors quelles activités débordantes vont peupler les 12 bureaux et les 5 toilettes.

Tiens, pourquoi 5 toilettes ? Et une tisanerie ?


Ou bien est-ce un judicieux conseil d’architecte et d’entreprises avisées pour consommer sans modération nos deniers publics, nos impôts, nos taxes, nos TVA, bref notre argent, et donc poussant à la dépense… soyons fous, installons 5 toilettes !!


Je préfère le ton de la plaisanterie à celui de la polémique, il invite tout aussi sérieusement à se poser des questions. En outre, il évite de se fâcher avec les personnes que l’on aime bien, que l’on côtoie régulièrement.


Mais enfin, pour une fois, pour une fois ne pourrions nous pas décider d’utiliser cette somme à créer de la richesse, des emplois, à se tourner vers l’avenir ?


Nos élu(e)s locaux, s’ils portent une part de responsabilité dans ces choix, ne sont pas seuls. Ils ont même une part de responsabilité moins grande que d’autres élus et décideurs politiques, économiques et financiers…


Une grande partie des « subventions » est accordée par la région, le département et l’État.

Alors, certes, l’argent repart dans le circuit de quelques entreprises et crée, momentanément de l’activité. Mais quelle activité pérenne pour Mons en Provence ?


Cet investissement sera complètement passif. Il ne dynamisera en rien le village, l’économie locale et les services que l’on pourrait créer pour la population.


Les citoyennes et les citoyens sont aussi responsables. Certes, rumeurs et bavardages, colportés par le Mistral, apportent des remarques, des désapprobations… mais après ?

Ainsi, s’il est aisé de critiquer une équipe municipale, il semble difficile aux citoyennes et aux citoyens de s’intéresser régulièrement aux affaires de leur cité !


Nous pourrions imaginer un espace « internet-café », avec un internet haut débit et du matériel de bureau, qui accueille de jeunes entreprises, un espace de rencontres, un café sur la grande terrasse, quand notre village manque cruellement de ce lieu de convivialité…

Il y a certainement d’autres idées, projets, demandes...


Enfin, imaginez ce que nous pourrions faire avec 1,5 millions d’Euros !

Ah, vous allez dire ce ne sont pas les mêmes lignes budgétaires et le département , la région ou l’État, ont prévu une subvention pour ce projet. Mais combien d’autres projets créant des emplois dans les domaines agricoles, de l’exploitation de la forêt ou de la création de commerces pourrions-nous faire avec 1,5 millions d’Euros. … ? là, il n’y a pas de choix politique, et surtout pas d’imagination !


Pourtant, il est possible de faire de la politique autrement. Essayer de convaincre d’autres élus, d’autres échelons administratifs de changer de politique dans l’intérêt de la communauté et donc dans une meilleure utilisation de nos impôts.


Alors, certes, notre monde moderne, dont la seule mesure semble être les progrès technologiques et les cours de la finance, dédaigne à l’envi, ces vieux lieux de l’histoire.


Pourquoi, diantre, devrions-nous transformer ce lieu, en un «temple voué aux papiers » et aux affaires, quand toute son histoire le pousse à devenir un espace de vie commun ?


C’est pour cela, qu’en son temps, Alfred Rolland, maire de Mons, refusa d’y installer la mairie.

Au moment ou il quitta ses fonctions de maire, le projet de l’installation sur la place du centre voyait le jour… Il se trouve, aujourd’hui, que cette grande maison, mitoyenne de l’ancien bar « le Petit Bonheur », est à vendre. Déjà entièrement rénovée, elle pourrait devenir la Mairie pour seulement 600 000,00 Euros…


Suis-je un doux rêveur à vouloir à la fois garder mes rêves d’enfants tout en considérant les impératifs économiques et financiers de mon époque et en souhaitant que ce lieu soit à la disposition et au service du plus grand nombre ?


Sans coloration politique aucune, il me semble qu’un principe de réalité économique et financier cette fois, devrait nous inciter à réorienter ces investissements.


Le débat est lancé !

L’avenir du château communal dépend aussi de la voix de chacune et de chacun.

Mais je reste honnête intellectuellement. Si peu d’habitants de la commune se soucient de l’utilisation de leurs impôts et du devenir d’un bâtiment communal, alors, le choix d’en faire une mairie, donc de lui donner une destination, est valable.


N’oublions pas nos souvenirs d’enfance…


Mons en Provence, le 26 janvier 2020

Gilles PORTAZ

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